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Douleurs et Orthopédie

Résumé

En préopératoire comme à distance d'une intervention mieux connaître les mécanismes de la douleur permet de mieux la prendre en charge. Des récepteurs périphériques au cortex pariétal en passant par la corne postérieure de la moelle et le thalamus le message nociceptif est modulé par des systèmes de contrôle et diffuse dans diverses structures cérébrales où se développent l'émotion et les différentes composantes de la mémorisation. La douleur comporte ainsi des dimensions sensorielle, émotionnelle, cognitive et comportementale.

Il existe trois types physiopathologiques de douleurs : nociceptives liées à un fonctionnement normal de la nociception, neurogènes liées à une altération des voies de la douleur et psychogènes. Leur traitement est fondamentalement différent : antalgiques pour la douleur nociceptive, antidépresseurs et antiépiléptiques pour la douleur neurogène, approche cognitivocomportementale pour la composante psychogène.

L'interrogatoire permet de déterminer le siège de la douleur, ses irradiations, son caractère localisé ou diffus, de la qualifier, d'évaluer son intensité, de préciser les facteurs renforçants tension, anxiété, dépression, de relever les antécédents personnels ou familiaux et les événements de vie qui influencent le vécu de cette douleur.

C'est ainsi que des douleurs diffuses, des douleurs permanentes, des sensations de brûlure, des douleurs intenses à 9 ou 10 sur 10 à l'EVA, sont suspectes de composantes neurogènes ou psychogènes ou de facteurs renforçants.
En préopératoire cette analyse approfondie de la douleur a pour buts de comprendre la demande du patient, de rechercher les facteurs qui pourraient pérenniser ces douleurs malgré un traitement correct de la cause initiale, d'en informer le patient. A distance d'une intervention elle doit favoriser la prise en charge de douleurs chroniques mal soulagées par un traitement chirurgical pourtant bien conduit.

Introduction

La plupart des consultations d'orthopédie sont motivées par des douleurs. Analyser les examens para cliniques, faire un diagnostic étiologique, traiter une lésion anatomique permet bien souvent de soulager le patient. Cependant une conception purement " mécaniste " de la chirurgie orthopédique expose à de nombreuses errances.
Pour essayer d'éviter l'échec thérapeutique constitué par la persistance de douleurs malgré une radiographie de contrôle post opératoire parfaite il est utile de mieux comprendre la douleur ce symptôme qui peut paraître simple mais qui est très complexe, multi-dimensionnel. Au point qu'il ne faut pas parler de douleur au singulier mais bien de douleurs au pluriel.
Nous commencerons par rappeler les mécanismes intimes de la nociception, les voies et les contrôles de la douleur, puis nous verrons comment mener une consultation à la recherche des différentes dimensions de cette douleur, enfin comment la prendre en charge.

1 Les voies de la douleur

La nociception est un sens comparable à l'audition, la vision, l'olfaction.

Les voies neurologiques[3] qui permettent de transmettre les messages nociceptifs commencent aux récepteurs périphériques, nocicepteurs disséminés dans l'organisme. Il y naît l'influx nociceptif qui suit les voies afférentes tout au long des fibres fines du nerf sensitif. Après avoir passé la synapse dans la corne postérieure de la moelle ce message suit les faisceaux ascendants spino-thalamiques. Au thalamus de nouvelles synapses permettent de transmettre le message à la fois au cortex cérébral où le message douloureux devient conscient et dans le diencéphale où se développent les composantes émotionnelles, la mémorisation.

1/1 Les nocicepteurs

Ils sont situés à l'extrémité des fibres nociceptives, fibres amyéniliques C et myéliniques de petit calibre A delta. Ils sont activés par des stimuli mécaniques, thermiques ou chimiques.

Les stimuli mécaniques : compressions, distensions.

Les stimuli thermiques au dessus de la température de 45°.

Les stimuli chimiques sont les plus complexes. Les nocicepteurs sont sensibles à une multitude de substances chimiques dites algogènes. Elles sont innombrables, connues (prostaglandines, histamine, bradykinineŠ) ou inconnues au point que l'on peut parler de " soupe algogène périphérique ". Libérées par les lésions tissulaires, ces substances algogènes provoquent l'apparition d'une différence de potentiel à l'origine de l'influx nociceptif. Elles sont donc excitatrices des nocicepteurs. Les prostaglandines ont de plus une action sensibilisatrice, sous cette action la fibre nociceptive devient hyper excitable ce qui augmente sa sensibilité aux autres substances algogènes.

Nous verrons comment les thérapeutiques médicamenteuses peuvent agir sur ce premier temps de stimulation et de sensibilisation périphérique.
Sous l'action de ces stimuli des échanges ioniques intéressant préférentiellement les ions Na+, K+ et Ca++, de part et d'autre de la membrane neuronale sont à l'origine d'une différence de potentiel ou influx nociceptif.

1/2 Des récepteurs à la corne postérieure de la moelle

L'influx nociceptif parcourt la fibre afférente du nerf sensitif pour aboutir à la corne postérieure de la moelle épinière où, dans les zones 5,6 et 7 se situent les synapses qui permettent de transmettre le message aux fibres médullaires. Cette transmission synaptique nécessite l'intervention de substances neuromédiatrices. La plus connue est la substance P. C'est en inhibant la sécrétion de substance P par le neurone nociceptif que la morphine s'oppose à la transmission du message douloureux. C'est également dans cette synapse de la corne postérieure de la moelle qu'agissent les contrôles de la douleur.

1/3 Voies spino - thalamiques

La fibre spino- thalamique née du neurone médullaire commence par croiser la moelle, passe du côté opposé puis remonte jusqu'au tronc cérébral puis au thalamus (véritable centre de la douleur).

1/3 Du thalamus au cortex pariétal

C'est dans la partie postéro ventro latérale du thalamus que se concentrent la plupart des neurones recevant les informations nociceptives. Là des synapses permettent le relais vers les cellules cérébrales. Le message va alors dans de multiples directions, dans le cortex pariétal [18,25] où naît la prise de conscience de la douleur, dans le limbus cingulaire où se développe l'émotion, dans tout l'ensemble de l'encéphale où s'inscrivent les différentes composantes de la mémorisation[7,13].

2 Les contrôles de la douleur

Les plus connus sont les contrôles segmentaires et les contrôles descendants.

2/1 Les contrôles segmentaires

Wall et Melzack[16] ont découvert en 1965 qu'il existe une compétition dans la corne postérieure de la moelle entre les informations nociceptives et les sensations du toucher. Le message nociceptif a suivi les fibres fines Cet A delta, le message sensitif tactile a suivi les fibres A beaucoup plus grosses myélinisées. Dans la corne postérieure de la moelle des inter- neurones stimulés par les fibres A, inhibent le message nociceptif. Il résulte que la sensation de toucher a la priorité et qu' " elle ferme la porte à la douleur " : c'est la " théorie de la porte " ou " gate control ".

Cela explique la sédation temporaire de la douleur lors du frottement de la zone douloureuse et cela est appliqué en thérapeutique par la neuro- stimulation.

2/2 Les contrôles descendants

Lorsque le message douloureux arrive dans l'encéphale, en particulier dans la substance grise péri acqueducale, il y a sécrétion de substances multiples dont les principales dans le contrôle descendant sont les endorphines et la sérotonine.

Les endorphines s'opposent à la libération de substance P, elles ont donc une action inhibitrice sur la transmission du message nociceptif dans la synapse de la corne postérieure de la moelle. Un exemple classique est celui du marathonien qui après quelques kilomètres ne ressent plus aucune douleur.
La sérotonine a également un rôle important dans la régulation de la douleur et cela explique au moins en partie l'action inhibitrice des antidépresseurs sur la douleur.
De nombreuses substances neurotransmettrices connues ou inconnues interviennent dans cette régulation. Les recherches se poursuivent à l'aide de traceurs et du PET SCAN[18].

3 Les différentes dimensions de la douleur

L'IASP (International Association for the Study of Pain) définit la douleur comme " une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à un dommage tissulaire réel ou potentiel, ou décrite en termes d'un tel dommage " [10]. C'est que le vécu de la douleur peut être très variable en fonction de facteurs sensoriels, émotionnels, cognitifs et comportementaux.

3/1 La dimension sensorielle :

Si la douleur n'est pas perçue également chez les individus, cela est, en partie, lié aux différences de sensibilité des voies nociceptives et aux différences de performance des systèmes de contrôle.

On peut ainsi schématiser l'action de ces contrôles par l'existence d'un seuil en dessous duquel le message douloureux est interrompu automatiquement et au dessus duquel il échappe à ces contrôles et entraîne la perception d'une douleur( figure 2 a et b)).
Les douleurs diffuses de la fibromyalgie[20] seraient liées au moins en partie à des seuils de contrôle de la douleur trop bas laissant passer un grand nombre de messages(figure3c).
L'hyper sensibilité à la douleur peut être congénitale, elle peut aussi avoir été acquise. Pendant la vie intra utérine et la petite enfance, le système nerveux n'est pas encore très différencié et l'apparition de douleurs à ces âges peut entraîner une différenciation préférentielle dans la nociception qui peut entraîner une hyper sensibilité à la douleur. Il n'est pas rare que nous trouvions chez nos malades très sensibles à la douleur des antécédents d'intervention dans l'enfance. Une douleur chronique peut également entraîner une hyper sensibilité à la douleur réalisant ainsi un véritable cercle vicieux.

3/2 La dimension émotionnelle

La douleur comporte une tonalité désagréable, pénible, parfois insupportable. Une douleur aiguë intense s'accompagne de tachycardie, d'agitation ou de prostration témoins de la dimension émotionnelle. Si elle dure elle peut s'accompagner d'anxiété ou de dépression. Le vécu de la douleur peut être variable en fonction de ces facteurs : un dépressif se défend mal contre la douleur. Un anxieux vit plus intensément cette douleur[11,19]. Le degré d'anxiété dépend de facteurs constitutionnels probablement congénitaux mais également de facteurs acquis en fonction de la culture, des antécédents personnels et familiaux.

3/3 La dimension cognitive :

La signification de la douleur intervient dans le vécu de celle ci. Une douleur inconnue faisant redouter une cause grave est vécue de façon beaucoup plus intense qu'une douleur déjà connue dont la cause est identifiée et que l'on peut gérer plus facilement. C'est ainsi que la douleur post opératoire peut être mieux vécue avec une préparation psychologique et une information[23]..

La signification de la douleur dans un sens péjoratif ou au contraire favorable intervient également dans le vécu de la douleur. C'est l'exemple classique [4] des soldats américains au Vietnam qui avaient besoin de moins d'antalgiques que les blessés civils américains présentant la même lésion car celle ci signifiait pour le civil la perte de son emploi et pour le soldat américain le rapatriement et le versement d'une pension.
Cela intervient probablement dans la pérennisation inconsciente de certaines lombalgies chroniques dont l'atténuation signifierait la perte de bénéfices socio-économiques et la reprise d'un travail pénibleŠ..

3/4 La dimension comportementale :

Si la douleur est invisible, la communication avec les autres se fait par l'intermédiaire de signes universels de douleur : grimace, position antalgique, plaintes qui évoquent la douleur.

Ce comportement douloureux peut être générateur de facteurs d'entretien.
Un douloureux chronique objet de la compassion de son entourage peut inconsciemment prolonger la période douloureuse afin de continuer à bénéficier de cette compassion.
A l'inverse un rejet par l'entourage d'un sujet présentant une douleur trop envahissante peut entraîner mal de vivre et intensification des douleurs.
Quelques soient ces différentes dimensions, il est essentiel de comprendre et d'admettre qu'UNE DOULEUR EXPRIMEE EST UNE DOULEUR INCONTESTABLE. Comme le définit l'IASP la douleur est une expérience désagréable, c'est un vécu. Nul n'a le droit de contester ce vécu.
Si le soignant en présence d'une douleur qui semble disproportionnée par rapport à la cause organique diagnostiquée conteste cette douleur soit par ses dires soit par son attitude, il s'installe rapidement un rejet réciproque. Le soignant considérant que ce problème sort de sa compétence car " c'est dans la tête " et le soigné rejetant le soignant qui n'écoute pas ses plaintes et ne remplit pas son rôle d'apaisement.
Si l'on considère que notre mission est purement technique, nous soignons un organe ou une articulation ou une pathologie, c'est alors le domaine exclusif de l'imagerie, de la technique et de la satisfaction devant une radiographie de contrôle satisfaisante. On peut à l'inverse considérer que nous soignons un malade et que nous avons le devoir de le prendre en charge soit seul, si nous avons le temps de l'écouter soit avec l'aide de praticiens dont c'est la spécialité d'évaluer les facteurs renforçants.

4 Les différents types de douleur

Distinguer trois types physiopathologiques fondamentalement différents de douleurs est nécessaire car leur prise en charge est différente. La douleur peut être nociceptive, neurogène ou psychogène.

4/1 La douleur nociceptive

Elle est liée au fonctionnement " normal " de la nociception. Elle peut prendre des formes extrêmement variées depuis la fracture de jambe jusqu'à l'infarctus. Elle est traitée par un traitement étiologique et des antalgiques.

4/2 La douleur neurogène

La douleur neurogène appelée aussi neuropathique ou de désafférentation[14] est liée à un fonctionnement anormal de la nociception. Elle est secondaire à des lésions du système nerveux nociceptif qu'il s'agisse d'une section d'un petit filet nerveux lors d'une intervention chirurgicale, d'une section d'un tronc nerveux lors d'une amputation, d'un arrachement de racine lors d'un étirement du plexus brachial, de lésions neurologiques virales comme dans le cas d'un zona ou de lésions dégénératives d'un diabèteŠ

Dans ces cas, les voies nociceptives ne fonctionnent pas normalement. Les mécanismes sont encore incomplètement élucidés. Il y participe certainement des déséquilibres dans les systèmes de contrôle de la douleur ce qui entraîne des sensations de brûlures permanentes extrêmement pénibles associées parfois à des productions ectopiques et anarchiques d'influx nerveux entraînant des décharges électriques. Les traitements associent classiquement certains antidépresseurs à des antiépileptiques, les premiers ayant une action prouvée sur la régulation de la fonction neuronale nociceptive et les deuxièmes inhibant la production ectopique d'influx nerveux.

4/3 La douleur psychogène

Il peut s'agir d'une pathologie psychiatrique avérée( hystérie, hypocondrie). Il s'agit le plus souvent de facteurs psychogènes liés à la tension, à l'anxiété ou à la dépression.

Le stress est responsable de contractures musculaires, elles mêmes responsables de douleurs entraînant la persistance des contractures. Il se constitue un cercle vicieux douleur - contracture - douleur qui peut s'auto- entretenir et être alors durable même après disparition de la cause première[17].

5 Douleur aiguë- douleur chronique

5/1 La douleur aiguë

La douleur aiguë est un symptôme. Il peut être utile et participer à la protection de l'intégrité du corps ; les insensibles congénitaux à la douleur présentent des lésions multiples par manque de vigilance. Le traitement étiologique et les antalgiques sont habituellement efficaces. Les douleurs post opératoires en sont un exemple quotidien, leur prise en charge nécessite une organisation et des protocoles. Une douleur aiguë mal prise en charge peut évoluer vers une douleur chronique.

5/2 La douleur chronique

Une douleur qui dure plus de 6 mois est par définition une douleur chronique.

Le passage à la chronicité fait passer la douleur du statut de symptôme à celui de véritable maladie autonome. La douleur chronique s'accompagne d'une hypersensibilité à la douleur d'origine multidimensionnelle : sensitive, affective, cognitive et comportementale. Elle déclenche un autoentretien de la douleur qui peut persister après disparition ou atténuation de la cause primaire : hypersensibilité des fibres nociceptives fonctionnant en continu, cercles vicieux contractures - douleurs - contractures et troubles vasomoteurs -douleurs - troubles vasomoteurs, renforcements affectifs, cognitifs et comportementaux.
La douleur chronique détruit l'individu physiquement, psychologiquement et socialement (Sternbach) [22].

6 DOULEURS ET ORTHOPEDIE

En orthopédie nous nous préoccuperons de la prévention des douleurs aiguës iatrogènes ( douleurs postopératoires) et de la prise en charge des douleurs chroniques tant en préopératoire qu'à distance d'une intervention. En préopératoire une analyse clinique de la douleur a pour buts de comprendre la demande du patient, de rechercher les facteurs renforçants qui pourraient pérenniser ces douleurs malgré un traitement correct de la cause initiale, d'en informer le patient. A distance d'une intervention elle doit favoriser la prise en charge de douleurs chroniques mal soulagées par un traitement chirurgical pourtant bien conduit.

6/1 Douleurs post opératoires

Il s'agit de douleurs aiguës posant des problèmes de prise en charge au sein de l'équipe médico chirurgicale. Nous ne nous étendrons pas sur cette question qui pourrait faire l'objet d'un travail spécifique. Nous en rappellerons les principes généraux.

Si les moyens à utiliser sont habituellement disponibles dans tous les établissements hospitaliers, paracétamol, morphine, PCA, anesthésiques locaux, blocs anesthésiques, péridurale etc. c'est la mise en ¦uvre de ces différents traitements qui laisse habituellement à désirer.
L'organisation de la prise en charge doit établir des protocoles, former le personnel, informer les patients et évaluer régulièrement la qualité de cette prise en charge.
Les protocoles doivent faire l'unanimité car l'équipe soignante ne peut acquérir une efficacité que si elle applique régulièrement un protocole. De plus il n'est pas bon qu'elle puisse recevoir des avis contradictoires.
La douleur post opératoire est prévisible, il est plus facile de prévenir que de guérir et le début du traitement doit être préventif en fin d'intervention et au début du séjour en salle de réveil.
L'évaluation de l'intensité de la douleur doit être systématique et régulière. Si cette douleur est prévisible, son intensité est variable d'un sujet à l'autre , elle ne dépend pas du poids ou de la taille du patient mais de nombreux facteurs liés à la différence de sensibilité d'un sujet à l'autre. Evaluer régulièrement permet d'adapter les doses d'antalgiques à l'importance de cette douleur.

6/2 Douleurs à la consultation préopératoire

Toute consultation d'orthopédie comporte une évaluation de la douleur, de son rythme , des facteurs déclenchants, de son retentissement fonctionnel. Une étude simple permet d'orienter le diagnostic étiologique : une douleur " mécanique " est influencée par la position ou la marche, elle cède habituellement au repos. Une douleur " inflammatoire " est à recrudescence nocturne sur un fond continu..

Si la douleur semble atypique ou trop intense par rapport à la cause apparente, une étude approfondie s'impose.

6/2/1 L'interrogatoire

C'est l'interrogatoire qui donne l'essentiel des renseignements, aucune imagerie ne permet actuellement de visualiser la douleur en clinique humaine.

6/2/1/1 Le siège de la douleur : LE DESSIN

Rien ne permet mieux de préciser le siège et l'étendue de la douleur que le dessin. Nous demandons au malade de dessiner sa douleur sur un schéma du corps entier de face et de dos. Ce dessin donne des renseignements inestimables sur la localisation de la douleur, les irradiations et éventuellement les multiples localisations. Un dessin surchargé avec irradiations atypiques, des douleurs multiples et diffuses évoquent une hypersensibilité et l'intervention de facteurs renforçants. Une telle douleur rend toute chirurgie aléatoire.

6/2/1/2 La qualification de la douleur : LES ADJECTIFS

Le questionnaire QDSA Questionnaire Douleur de Saint Antoine [5] permet d'orienter le diagnostic étiologique et d'évaluer l'importance des facteurs renforçants.

Une sensation de brûlure évoque une douleur neurogène, elle est souvent associée à des paresthésies (fourmillement, démangeaisons) parfois à des signes neurologiques moteurs ou sensitifs, elle s'accompagne parfois de décharges électriques. Ce tableau clinique en faveur d'une douleur neurogène est à priori à traiter médicalement. Poser un indication opératoire devant une telle douleur expose à une exacerbation de celle ci.
Une douleur à type de serrement, de sensation d'étau évoque des troubles de la microcirculation, une algodystrophie.
Une douleur chronique envahissant entièrement l'individu qualifiée de insupportable, torturante, obsédante, angoissante, déprimante est fréquente, elle s'accompagne d'une hypersensibilité à la douleur et nécessite une évaluation de la tension, de l'angoisse et de la dépression.

6/2/1/3 L'intensité de la douleur :

On utilise des échelles validées EVS, EVA ou échelle numérique.

Une douleur cotée 9 ou 10 sur 10 évoque une hypersensibilité à la douleur et d'importants facteurs renforçants.

Cette évaluation n'a pas seulement un intérêt diagnostic mais également permet de surveiller l'efficacité des traitements et l'évolution de cette douleur au fil du temps et des consultations.

6/2/1/4 Le rythme :

Une douleur permanente évoque une étiologie neurogène ou une hypersensibilité à la douleur avec d'importants facteurs renforçants. Elle n'est pas à priori " chirurgicale ".

6/2/1/5 Les facteurs renforçants : Tension, anxiété, dépression.

La tension :

Une tension psychologique, des préoccupations liées à des problèmes familiaux, professionnels, économiques ou sociaux favorisent les contractures et les douleurs. Certaines phrases sont évocatrices de ce facteur aggravant : " j'ai en permanence une chape de plomb sur les épaules " ou " les douleurs diminuent lorsque je prends un bain chaud "...

Ces douleurs sont maximales en fin de journée, à la fatigue, elles s'accompagnent souvent de douleurs cervicales et de céphalées de tension.

L'anxiété:

L'anxiété chronique peut être ancienne : " j'ai toujours été anxieux depuis mon enfance " " Je prends des anxiolytiques depuis de nombreuses années ". " J'ai peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas pouvoir reprendre mon travail ", " J'ai peur sans raison évidente"

Il existe des tables permettant d'évaluer l'importance de cette anxiété.

La dépression :

Un sujet qui n'a plus envie de rien, qui ne mange plus, ne dort plus, ne s'intéresse plus à rien, ne lit plus, ne regarde plus la télévision, ne rencontre plus d'ami est en dépression. Parfois cela n'est pas aussi typique, qualifié de " déprime ". Des échelles d'évaluation permettent de préciser ce facteur.

La dépression non traitée ou inefficacement traitée est une contrindication temporaire à la chirurgie. On s'expose, si on opère ces patients, à des suites opératoires difficiles.
Il n'est pas question lors d'une consultation d'orthopédie de pousser l'entretien jusqu'à l'étude approfondie de ces facteurs renforçants, ils ne doivent cependant pas être négligés devant une douleur importante mal expliquée par la clinique et entraîner non pas forcément une consultation psychiatrique mais au moins une consultation auprès d'un médecin de la douleur. Le développement des centres anti douleur devrait permettre d'avoir facilement recours à cette aide au bilan préopératoire.

6/2/1/6 Les antécédents :

L'analyse avec le patient des antécédents procure de précieux renseignements.

Des antécédents personnels douloureux dans l'enfance, interventions chirurgicales, fractures peuvent être à l'origine d'une hypersensibilité à la douleur.
Des antécédents personnels psychologiquement traumatisants : " ma vie a mal commencé, j'ai perdu ma mère à l'âge de 3 ans " ou " mes parents ne m'ont jamais aimée, ils ont préféré mes frères et soeurs car j'avais une luxation congénitale, j'étais une malformée " ou " quand j'avais 15 ans, mon père s'est suicidé et c'est moi qui l'ait découvert, je tremble depuis " autant de phrases authentiques entendues à la consultation qui révèlent un mal de vivre, terrain favorable au développement de douleurs chroniques.
Des antécédents professionnels anxiogènes, des difficultés au travail, des conflits avec les collègues, avec les supérieurs, des difficultés financières vont également dans ce sens.

6/2/2 L'examen :

L'examen clinique est méthodique : la peau, le tissu sous cutané, les muscles, les tendons, les articulations, la vascularisation, l'examen neurologique.

La coloration de la peau dans la zone douloureuse peut être plus rouge ou plus bleue que le côté opposé. On recherche un aspect brillant et une différence de température en faveur de troubles vasomoteurs. Une augmentation de la chaleur par rapport à l'autre côté fait rechercher des signes inflammatoires ou une algodystrophie en phase chaude. A l'inverse, une diminution de la température locale évoque une algodystrophie en phase froide.
On recherche des allodynies, douleurs cutanées provoquées par le simple contact, des paresthésies, sensations anormales non désagréables ou des dysesthésies, elles, désagréables, une hypoesthésie ou une hyperesthésie au toucher. Tout ceci orienterait vers une cause neurogène des douleurs, fréquentes si on les recherche bien.
La man¦uvre du palpé-roulé permet de découvrir des cellullalgies, épaississement douloureux de la peau et du tissu sous cutané, reflet d'une souffrance d'une racine postérieure, trouble trophique local neurogène[15].
La palpation systématique, muscles par muscles de la région douloureuse, révèle souvent des contractures, véritables cordes douloureuses. Parfois elle déclenche des douleurs irradiées très bien décrites et répertoriées par TRAVELL[24].
Les douleurs tendineuses sont fréquemment associées à toute pathologie ostéoarticulaire. Chez un patient aux douleurs diffuses surtout si cela s'accompagne de fatigue et de troubles du sommeil évoquant une fibromyalgie, on recherchera les points douloureux tendinomusculaires caractéristiques (occiput, cervical bas, trapèzes, sus-épineux, jonction chondro-sternale, épicondyles, rachis lombaire, moyens fessiers, pattes d'oie) [12].
Un examen du rachis à la recherche de raideurs, de contractures, de cellulalgies, de points douloureux.. est nécessaire devant toute douleur inexpliquée surtout si elle a des caractéristiques neurogènes.
L'examen articulaire, vasculaire et neurologique n'a rien de spécifique.

6/3 La consultation à distance d'une intervention chirurgicale

Devant une douleur persistante dans la région opérée se pose la question d'une complication en cours qui nécessite bilans clinique et paraclinique, biologique à la recherche de signes d'infection, radiologique à la recherche d'une complication mécanique Si ces examens sont rassurants et ne révèlent aucune anomalie, la persistance d'une douleur est cependant incontestable puisqu'exprimée, elle est ressentie par le malade.

Une analyse des caractéristiques de la douleur doit alors être réalisée selon les modalités décrites au chapitre de la douleur préopératoire.
Une brûlure avec paresthésies dans la région cicatricielle fait rechercher un point douloureux précis sur la cicatrice ou à proximité, une hypoesthésie douloureuse d'un côté ou de l'autre de celle ci signant la lésion d'un petit rameau nerveux superficiel à l'origine de douleurs neurogènes faciles à traiter médicalement.
L'examen du rachis doit être systématique à la recherche de douleurs irradiées dues à une pathologie sus-jascente par exemple une pathologie lombaire associée à une prothèse de hanche.
On recherche des contractures musculaires persistantes malgré le traitement chirurgical, des troubles vasomoteurs. On étudie l'importance des facteurs renforçants ,tension, anxiété, dépression.
L'important est de prendre en charge ces douleurs post opératoires ce qui est d'autant nécessaire que le patient est souvent l'objet d'un sentiment de frustration, de révolte car, pour lui, l'acte opératoire ne l'a pas guéri. La prise en charge de ces facteurs l'apaise, lui donne le sentiment que tout est fait pour le sortir de ce mauvais pas. Bien des situations revendicatrices et même parfois conflictuelles sur le plan juridique sont ainsi désamorcées.

7 : Prise en charge de la douleur

La douleur chronique nécessite plus qu'un traitement, elle nécessite une prise en charge. Celle-ci met à notre disposition les traitements médicamenteux, les techniques de rééducation, de relaxation, de physiothérapie, la neurostimulation, les approches cognitivocomportementales.

7/1 Les traitements médicamenteux :

7/1/1 Les antalgiques

Selon la classification de l'OMS on distingue 3 niveaux :

Au niveau I, le paracétamol, l'aspirine et les antiinflammatoires ; ceux ci ont une action périphérique en inhibant la synthèse des prostaglandines.

Le paracétamol n'ayant pas les inconvénients digestifs des autres est largement utilisé. Le système nociceptif devenant hypersensible dès l'apparition de la douleur, il est recommandé de prendre ces antalgiques régulièrement toutes les 4 heures pour prévenir sa réapparition. Un traitement préventif est possible lorsque la douleur est prévisible. Par exemple, on recommande au lombalgique de prendre son paracétamol 1 heure avant l'effort habituellement douloureux (marche, travail.)

Au niveau II les opioïdes faibles sont représentés par le Dextropropoxyphéne et la Codéine, le plus souvent utilisés en association avec le paracétamol. Leurs inconvénients sont peu importants, essentiellement la constipation pour la codéine, il faut savoir les prescrire si le niveau 1 ne suffit pas.

Le niveau III la morphine et ses dérivés.

Malgré 30 ans de recherches pharmaceutiques aucun antalgique n'a une activité supérieure à la morphine et celle ci reste le médicament de référence. Elle est utilisée largement pour la douleur post opératoire. Des protocoles rigoureux et une surveillance adaptée permettent de maîtriser ses inconvénients (dépression respiratoire, vomissements, constipation)

En dehors de la cancérologie, la morphine est peu utilisée pour les douleurs chroniques en orthopédie. Les formes orales à action prolongée peuvent cependant parfois être indiquées.

7/1/2 Les anesthésiques locaux

Ils agissent en s'opposant aux échanges ioniques de part et d'autre de la membrane cellulaire. Ils sont utilisés en application locale sous forme de patch ou de crème dans la prévention de la douleur lors des gestes thérapeutiques en particulier chez l'enfant. Les blocs anesthésiques ont pris une large part dans la prise en charge de la douleur post opératoire.

7/1/3 Les médicaments de la douleur neurogène

Le traitement de ces douleurs neurogènes est très différent de celui des douleurs nociceptives[14,21]. Les antalgiques n'ont que peu ou pas d'action sur elles.

7/1/3/1 : Les antidépresseurs

Indépendamment de leur action antidépressive, certains ont une action prouvée sur la douleur neurogène[2]. Ils agiraient en aidant au rétablissement des contrôles segmentaires et descendants perturbés par l'atteinte neurologique. Si les mécanismes intimes de l'action des anti dépresseurs sur la douleur neurogène sont encore mal connus, l'efficacité des tricycliques, la clomipramine (Anafranil®) et l'amitryptiline (Laroxyl®) principalement, a été prouvée et reconnue depuis de nombreuses années . Tous les anti dépresseurs de nouvelle génération ne sont pas également efficaces sur la douleur. Dans notre expérience il semble que la fluoxétine (Prozac®) ait très peu d'effet sur la douleur neurogène alors que la paroxetine (Déroxat ®) ou la venlafaxine (Effexor ®) semblent efficaces. Leur action antalgique apparaît plus rapidement et pour des doses plus faibles que leur action antidépressive.

7/1/3/2 / Les antiépileptiques

Ils agiraient en inhibant la production ectopique d'électricité par les neurones lésés, d'autres modes d'action sont à l'étude. Les plus fréquemment utilisés sont le clonazépam ( Rivotril®) et la carbamazépine ( Tégrétol ®) . D'une efficacité remarquable sur la composante décharge électrique, ils peuvent agir sur tous types de douleurs neurogène au prix d'une somnolence peu gênante si la prise est réalisée le soir au coucher.

7/2 La rééducation, la relaxation, la physiothérapie

Indépendamment des bénéfices sur la trophicité des tissus (cellulaire sous cutané, musculaireŠ) la rééducation apporte des moyens d'action sur la douleur : lever les contractures, traiter les troubles vasomoteurs, réhabiliterŠ.

7/2/1 Les contractures musculaires

Les massages profonds décontacturants et les étirements constituent une arme irremplaçable dans la prise en charge des contractures musculaires. Ils permettent de rompre le cercle vicieux douleur - contracture - douleur. Pour les formes résistantes des infiltrations d'anesthésiques locaux aux points douloureux sont parfois associées.

La relaxation est indiquée lorsque ces contractures sont diffuses, qu'elles s'accompagnent de signes de tension. Le simple bain chaud en est une forme et son efficacité un test encourageant à persévérer dans cette voie. Si le rôle favorable de la relaxation est incontesté, elle n'est pas facile à prescrire en pratique : difficile de la confier à un kinésithérapeute car elle n'est pas cotée par la nomenclature, excessif de la demander à un psychiatre en dehors de toute autre prise en charge, incontrôlable avec les méthodes de sophrologie ou autres non encadrées par un personnel médical si bien qu'on est habituellement limité à la cassette ou au CD. Même bien conçus ces moyens simples de relaxation bénéficieraient d'un apprentissage et d'un accompagnement difficiles à assurer en pratique.

7/2/2 Les troubles vasomoteurs et l'algodystrophie

Bien que la pathogènie de l'algodystrophie soit encore mal précisée, il semble que le cercle vicieux douleur- troubles vasomoteurs- douleur soit au centre de ce syndrome. La prise en charge associe le traitement des douleurs à celui des troubles vasomoteurs.

La douleur est prévenue par la mise en décharge relative accompagnée d'une mobilisation de l'articulation douce et prudente, indolore. Les antalgiques de niveau I ou II sont prescrits en continue, par exemple prises régulières de paracétamol toutes les 4 heures.
Le traitement des troubles vasomoteurs associe aux massages des douches écossaises (alternance du chaud et du froid). Il faut prendre soin d'éviter toute chaleur douloureuse et tout froid excessif, l'idéal est d'alterner le tiède chaud au tiède froid. Ces douches écossaises ont une efficacité étonnante pour la prise en charge de l'algodystrophie.
La calcitonine parfois contestée peut être un adjuvant utile. Les blocs à la guanétidine sont rarement prescrits, uniquement devant l'échec des thérapeutiques de base habituellement efficaces. Quant aux thérapeutiques invasives, péridurales de tous types, elles sont d'une indication exceptionnelle et peuvent être évitées si on a soin de s'interroger sur les facteurs renforçants tension, anxiété et dépression.

7/2/3 La réhabilitation

Certains douloureux chroniques, constatant que le repos calmait les douleurs ont perdu toute aptitude physique et sont entrés dans le redoutable cercle vicieux repos- inaptitude physique - repos[27]. L'une des mesures les plus importantes est de leur révéler que les activités physiques sont possibles à la condition de les adapter à leurs possibilités. Ainsi un travail de réhabilitation, en centre spécialisé ou parfois à domicile , doit être entrepris.

7/3 La neurostimulation :

Particulièrement efficace pour la douleur neurogène, son principe repose sur la théorie de la porte de Wall et Melzack. Elle est utilisée devant la résistance aux traitements médicamenteux. Un test d'efficacité est réalisé au centre de la douleur, on règle le positionnement des électrodes, l'intensité et la fréquence du courant. En cas de positivité de ce test un neurostimulateur est mis en place en continu ou par intermittences.

7/4 L'approche cognitivo-comportementale

C'est l'une des principales missions des centres de la douleur[4].

L'analyse avec le patient des circonstances d'apparition de sa douleur, des facteurs déclenchants, de la part des contractures, du stress, de l'anxiété, de la dépression, du rôle des antécédents personnels et familiaux dans le mal être est habituellement ressenti par le malade comme une démarche utile et constructive à la condition que s'établisse un climat de confiance. Bien souvent ce douloureux chronique ayant bénéficié en vain de nombreux examens paracliniques négatifs et de nombreux traitements inefficaces, craint que l'on qualifie sa douleur de psychologique ( " c'est dans la tête "). Il n'accepte pas que la réalité de la douleur soit mise en doute par son entourage, ses employeurs ou parfois même ses médecins. UNE DOULEUR EXPRIMEE EST INCONTESTABLE même quand elle repose essentiellement sur des facteurs psychologiques. Ceci étant établi en préambule, nous pouvons analyser et construire.
Le patient ne comprend pas pourquoi malgré des traitements divers parfois chirurgicaux, il continue à souffrir. Il est révolté, déçu, ne crois plus en lui ni à un espoir de sédation. Le premier travail est de lui expliquer de quoi il souffre. L'exemple le plus fréquent est celui du multiopéré du rachis qui présente des douleurs, souvent mixtes nociceptives, neurogènes et psychogènes. Lui expliquer que tout n'est pas mécanique et que la chirurgie ne peut rien contre les altérations trophiques en particulier neurologiques, que la douleur neurogène est liée à une altération définitive de la qualité des fibres nociceptives, qu'il faut maintenant accepter ces faits, les analyser, les gérer pour rendre cette douleur peu importante et supportable, apporte une solution à celui qui se trouvait dans une impasse. C'est le " coping " des anglosaxons [6,9,26]. Faire passer le malade du statut de passif à celui d'actif, lui redonner courage, apporter des solutions, suivre cette prise en charge nécessite beaucoup de temps, d'énergie du médecin et de participation du malade. Il est parfois plus difficile à celui ci de prendre conscience de son pouvoir sur son état et de faire l'effort d'accompagner le soignant sur ce chemin que de se reposer passivement sur un intervention chirurgicale ressentie comme une " solution miracle ". Convaincre que cette demande de chirurgie, fréquente chez les douloureux chroniques, n'est pas indiquée dans leur cas n'est pas toujours facile.
L'autoévaluation est un moyen de motiver : faire le bilan ce que le douloureux ne sait pas faire (comportements douloureux) mais aussi évaluer ce qu'il sait faire (comportements " bien portant "). Donner comme objectif de gagner peu à peu , tenir un agenda des progrès réalisés. Etudier chaque geste jusqu'au plus banal, voir ce qui fait mal, comment faire autrement[8]

Reprendre espoir, avoir la sensation d'avoir, à nouveau, un peu de pouvoir sur son destin, restaurer l'image dépréciée de soi, autant de démarches efficaces sur le vécu de la douleur[1].

7/5 Prise en charge psychiatrique

Il n'est que rarement nécessaire de demander l'aide du psychiatre pour traiter une anxiété ou une dépression. Le recours au psychiatre peut être utile lorsque nous suspectons une pathologie psychiatrique ou si nous ne constatons pas de progrès. Tous les centres de la douleur donnent la possibilité d'avoir recours à des consultations multidisciplinaires auxquelles participe toujours un psychiatre. Il est beaucoup plus difficile de convaincre un malade présentant une réelle pathologie psychiatrique de consulter un psychiatre que de convaincre un douloureux chronique que cette douleur persistante a entraîné un mal être qui peut bénéficier des conseils d'un psychiatre. Certains psychiatres à orientation cognitivo-comportementale sont d'ailleurs d'une grande efficacité dans la prise en charge de ces malades difficiles.

Conclusions

En orthopédie, la plupart des malades consultent pour une douleur. Souvent le traitement médical ou chirurgical de la cause mécanique ou inflammatoire aboutit à sa disparition. Parfois, malgré un traitement bien mené la douleur persiste. Si elle est intense, très gênante et mal expliquée, une étude approfondie du type de douleur, nociceptif, neurogène, psychogène, de ses différentes dimensions sensitive, affective, cognitive et comportementale est nécessaire. L'interrogatoire permet de déterminer son siège, ses irradiations, son caractère localisé ou diffus, de la qualifier, d'évaluer son intensité, de préciser les facteurs renforçants tension, anxiété, dépression, de relever les antécédents personnels ou familiaux et les événements de vie qui influencent le vécu de cette douleur. L'examen recherche des contractures, des signes neurologiques. Une telle consultation nécessite 1 à 2 heures d'entretien. Il est évident que cela est difficile voire impossible à la consultation d'orthopédie. Les médecins de la douleur sont entraînés à cette démarche et doivent prendre le temps de la réaliser. La multiplication des centres antidouleur doit rendre cette consultation possible. Elle a pour but d'éclairer le chirurgien et surtout le malade sur les dimensions de cette douleur et sur les moyens de la faire disparaître, de l'atténuer ou seulement de s'y adapter et d'apprendre à la gérer. Si cette démarche peut être utile en post opératoire, il est préférable qu'elle soit réalisée avant l'intervention. Cela est possible si l'orthopédiste fait réaliser cette recherche préventive devant certains types de douleur qu'il est bon de connaître. C'est ainsi que des douleurs diffuses, des douleurs permanentes, des sensations de brûlure, des douleurs intenses à 9 ou 10 sur 10 à l'EVA, sont suspectes de composantes neurogènes ou psychogènes ou de facteurs renforçants qu'il serait souhaitable de connaître et de traiter avant l'intervention.

Bibliographie

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